Dimanche 30 Avril 2017 - Document sans titre Saint Pie V Document sans titre



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"Soyez miséricordieux comme votre Père Céleste est miséricordieux" (Luc 6, 36)
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  • « La seule forme d’extrémisme religieux acceptable est l’extrémisme dans la charité », a déclaré le pape samedi 29 avril au Caire, avant de prier pour les victimes du terrorisme dans le monde en général et en Egypte en particulier.
  • Garde à ton peuple sa joie Seigneur, toi qui refais ses forces et sa jeunesse ; tu nous as rendu la dignité de fils de Dieu, affermis-nous dans l'espérance de la résurrection (3è Dimanche de Pâques).
  • En RDC, les Evêques renoncent à organiser la transition politique. Le 27 mars au soir, ils ont constaté "l'impasse politique des discussions", après un nouveau cycle de négociations infructueuses (La Croix)
  • AMORIS LAETITIA : « Quiconque voudrait fonder une famille qui enseigne aux enfants à se réjouir de chaque geste visant à vaincre le mal – une famille qui montre que l’Esprit est vivant et à l’œuvre – trouvera gratitude, appréciation et estime, quels que soient son peuple, sa religion ou sa région » (Numéro 77).

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Echo des diocèses


MESSAGE DU CARDINAL JEAN PIERRE KUTWÃ A L’OCCASION DE LA RENTRÉE PASTORALE 2015-2016

Lun 9 Nov 2015, 18:02

THEME DE L’ANNEE : "SOYEZ MISERICORDIEUX COMME VOTRE PERE CELESTE EST MISERICORDIEUX"                  

INTRODUCTION

Chers frères et soeurs,

A l’occasion de la nouvelle année pastorale qui s’ouvre pour nous et que nous accueillons comme une année de grâce, je voudrais rappeler à notre mémoire les propos très révélateurs du Pape émérite Benoît XVI dans son Exhortation Apostolique Post-Synodale AFRICAE MUNUS(AM) : ‘‘L’engagement de l’Afrique pour le Seigneur Jésus-Christ est un trésor précieux que je confie, en ce début du troisième millénaire, aux Evêques, aux prêtres, aux diacres permanents, aux personnes consacrées, aux catéchistes et aux laïcs de ce cher continent et des îles voisines. Cette mission porte l’Afrique à approfondir la vocation chrétienne. Elle l’invite à vivre, au nom de Jésus, la réconciliation entre les personnes et les communautés, et à promouvoir pour tous la paix et la justice dans la vérité.’’ (AM1)…

Vous vous rappelez certainement que cette exhortation apostolique présente les points d’efforts par lesquels l’efficacité transformatrice du message de l’Evangile donnera à l’Afrique sa crédibilité. Il s’agissait pour nous de montrer que dans l’Eglise-Famille-de-Dieu qui est en Afrique et particulièrement en Côte d’Ivoire, il est possible avec le Christ, de vivre réconcilié les uns avec les autres, de traiter avec dignité chaque être humain créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, et de vivre en paix.
Pour parvenir à relever ce défi, nous nous sommes efforcés, ces deux dernières années, à méditer puis à approfondir le même thème pastoral, afin d'arriver à vivre ensemble sans que les heurts inhérents à toute vie en société ne  se transforment en drame et que le pays ne se déchire comme nous l'avons connu. A la fin de ces deux années, je m’interrogeais avec vous en ces termes: ‘‘rendre notre foi visible pourrait-il se limiter seulement a quelques deux années ? N’est-ce pas que cela relève du quotidien ? S’il est vrai que dans notre action individuelle et collective, il y a du positif, reconnaissons aussi qu’il y a du négatif, ce négatif qui appelle à faire acte de foi toujours et encore."

Mais faire acte de foi toujours et encore, n’est-ce pas ce à quoi nous sommes particulièrement invités en cette nouvelle année pastorale, marquée par les élections présidentielles de ce mois d’octobre, élections que nous pouvons considérer comme un véritable indicateur de foi pour les chrétiens que nous sommes, et cela, en lien avec l’année de la miséricorde qui s’ouvrira bientôt?
Est-il besoin de rappeler que les élections dans toute société démocratique, sont inévitables et que de manière cyclique, elles reviennent pour que le peuple se choisisse lui-même, ceux qui doivent présider à sa destinée le temps de leur mandature ? Malheureusement, et comme par effet de répétition, sous nos tropiques, les élections se succèdent et nous apportent presque toujours, leur même lot de désolation.

Déjà, et comme par le passé, au niveau social, les signaux qui nous sont envoyés depuis quelques semaines ne sont pas rassurants: les revendications sociales, signes de mal être, se multiplient  ; le processus de réconciliation que nous appelons de tous nos vœux, semble avoir pris du plomb dans l’aile par notre refus d’en prendre courageusement le chemin, celui que nous dicte notre foi en Dieu; la même violence verbale et physique semble continuer de triompher; sur le plan de l'insécurité, beaucoup a été fait, mais celle-ci n'est pas encore jugulée; beaucoup de nos frères et sœurs vivent toujours en exil ; notre économie malgré quelques frémissements, n'a pas tout a fait retrouve son souffle; aussi le panier de la ménagère reste- t'il encore léger; l’école, toujours l’école, peine à trouver ses marques avec son lot d’incertitude. Un tableau qui reste encore quelque peu sombre. Voici le contexte. Mais, faut-il pour autant désespérer ? Que nous dit notre foi face à ce genre de situation ?
‘‘Mon enfant, si tu prétends servir le Seigneur, prépare-toi à être mis à l’épreuve’’. Et si pour les jours, les mois et pour la rentrée prochaine, le Seigneur décidait de nous mettre encore davantage à l’épreuve par toutes sortes de situations dont Lui seul a le secret ?... Et si l’épreuve qui nous est proposée pour les prochains jours était celle de la miséricorde à accorder à tous nos frères et sœurs, quelle serait notre réponse ?’’

Ces mots, ce sont ceux que je partageais avec vous à la clôture de l’année pastorale dernière. En réalité, c’est à dessein que je les avais prononcés pour nous introduire dans le vaste courant qui va gagner l’Eglise universelle à partir du 8 décembre prochain, date d’ouverture du Jubilé de la Miséricorde. Aussi mon adresse en cette nouvelle année pastorale consistera-t-elle à vous  proposer une lecture commentée et de la Bulle d’indiction papale, mais adaptée à la situation sociopolitique de notre pays.

COMMENTAIRE DE LA BULLE PAPALE
Révérends Pères,  Révérends frères,  Révérendes sœurs,  Chers frères et sœurs en Christ,
La bulle d’indiction du pape François pour le jubilé extraordinaire de la Miséricorde débute par ces mots : ‘‘Jésus-Christ est le visage de la miséricorde du Père. Le Père, « riche en miséricorde » (Ep 2, 4) n’a pas cessé de faire connaître sa nature divine de différentes manières et en de nombreux moments. Lorsqu’est venue la « plénitude des temps » (Ga 4, 4), il envoya son Fils né de la Vierge Marie pour nous révéler de façon définitive son amour.’’

Et le Pape de poursuivre : ‘‘Nous avons toujours besoin de contempler le mystère de la miséricorde. Elle est source de joie, de sérénité et de paix. Elle est la condition de notre salut. La miséricorde, c’est l’acte ultime et suprême par lequel Dieu vient à notre rencontre. La miséricorde, c’est la loi fondamentale qui habite le cœur de chacun lorsqu’il jette un regard sincère sur le frère qu’il rencontre sur le chemin de la vie. La miséricorde, c’est le chemin qui unit Dieu et l’homme, pour qu’il ouvre son cœur à l’espérance d’être aimé pour toujours malgré les limites de notre péché.

1-    LA MISERICORDE DANS LA BIBLE : Ancien et NouveauTestament
Dans le développement qu’il fait, le Pape nous propose de parcourir les Ecritures Saintes pour y relever les faits de miséricorde dont Dieu comble son peuple et que nous sommes appelés à imiter, non sans nous préciser la date d’ouverture de ce jubilé ainsi que les raisons qui président au choix de cette date, pour conclure par la date de clôture dudit jubilé :
‘‘L’année Sainte s’ouvrira le 8 décembre 2015, solennité de l’Immaculée Conception. Cette fête liturgique montre comment Dieu agit dès le commencement de notre histoire. Après qu’Adam et Eve eurent péché, Dieu n’a pas voulu que l’humanité demeure seule et en proie au mal. C’est pourquoi Marie a été pensée et voulue sainte et immaculée dans l’amour (cf. Ep 1, 4), pour qu’elle devienne la Mère du Rédempteur de l’homme. Face à la gravité du péché, Dieu répond par la plénitude du pardon. La miséricorde sera toujours plus grande que le péché, et nul ne peut imposer une limite à l’amour de Dieu qui pardonne. 
J’ai choisi la date du 8 décembre pour la signification qu’elle revêt dans l’histoire récente de l’Eglise. Ainsi, j’ouvrirai la Porte Sainte pour le cinquantième anniversaire de la conclusion du Concile œcuménique Vatican II [qui marque une] étape nouvelle pour l’évangélisation de toujours.

Le dimanche suivant, le troisième de l’Avent, la Porte Sainte sera ouverte dans la cathédrale de Rome, la Basilique Saint Jean de Latran. Ensuite seront ouvertes les Portes Saintes dans les autres Basiliques papales. Ce même dimanche 13 décembre, je désire que dans chaque Eglise particulière, dans la cathédrale qui est l’Eglise-mère pour tous les fidèles, ou bien dans la co-cathédrale ou dans une église d’importance particulière, une Porte de la Miséricorde soit également ouverte pendant toute l’Année Sainte.’’
C’est le 20 novembre 2016, en la solennité liturgique du Christ, Roi de l’Univers, que sera conclue l’Année jubilaire. En refermant la Porte Sainte ce jour-là, nous serons animés de sentiments de gratitude et d’action de grâce envers la Sainte Trinité qui nous aura donné de vivre ce temps extraordinaire de grâce. Nous confierons la vie de l’Eglise, l’humanité entière et tout le cosmos à la Seigneurie du Christ, pour qu’il répande sa miséricorde telle la rosée du matin, pour une histoire féconde à construire moyennant l’engagement de tous au service de notre proche avenir.’’
Le Saint Père conclut en affirmant que ‘‘la miséricorde est le propre de Dieu dont la toute-puissance consiste justement à faire miséricorde... Dieu sera toujours dans l’histoire de l’humanité comme celui qui est présent, proche, prévenant, saint et miséricordieux.’’“Patient et miséricordieux”, tel est le binôme qui parcourt l’Ancien Testament pour exprimer la nature de Dieu. Sa miséricorde se manifeste concrètement à l’intérieur de tant d’événements de l’histoire du salut où sa bonté prend le pas sur la punition ou la destruction.

Pour lui,  ‘‘la miséricorde de Dieu n’est pas une idée abstraite, mais une réalité concrète à travers laquelle Il révèle son amour comme celui d’un père et d’une mère qui se laissent émouvoir au plus profond d’eux mêmes par leur fils.’’
En se référant au Christ, le Pape François affirme qu’avant la Passion, Jésus a prié avec le Psaume de la miséricorde (Ps 26,30) en ajoutant que nous pouvons accueillir l’amour de la Sainte Trinité, le regard fixé sur Jésus et son visage miséricordieux. La mission que Jésus a reçue du Père a été de révéler le mystère de l’amour divin dans sa plénitude : tout en Lui parle de miséricorde. Rien en Lui ne manque de compassion.

Aussi, face à la multitude qui le suivait, Jésus, voyant qu’ils étaient fatigués et épuisés, égarés et sans berger, éprouva-t-il au plus profond de son cœur, une grande compassion pour eux (cf. Mt 9, 36). En raison de cet amour de compassion, il guérit les malades qu’on lui présentait (cf. Mt 14, 14), et il rassasia une grande foule avec peu de pains et de poissons (cf. Mt 15, 37). Ce qui animait Jésus en toute circonstance n’était rien d’autre que la miséricorde avec laquelle il lisait dans le cœur de ses interlocuteurs et répondait à leurs besoins les plus profonds.

Dans les paraboles de la miséricorde, Jésus révèle la nature de Dieu comme celle d’un Père qui ne s’avoue jamais vaincu jusqu’à ce qu’il ait absous le péché et vaincu le refus, par la compassion et la miséricorde. Plus loin, le Pape nous montre que pour Jésus ‘‘la miséricorde n’est pas seulement l’agir du Père, mais elle devient le critère pour comprendre qui sont ses véritables enfants.
En résumé, nous sommes invités à vivre de miséricorde parce qu’il nous a d’abord été fait miséricorde. Le pardon des offenses devient l’expression la plus manifeste de l’amour miséricordieux, et pour nous chrétiens, c'est un impératif auquel nous ne pouvons pas nous soustraire. Bien souvent, il nous semble difficile de pardonner ! Cependant, le pardon est le moyen déposé dans nos mains fragiles pour atteindre la paix du cœur. Se défaire de la rancœur, de la colère, de la violence et de la vengeance, est la condition nécessaire pour vivre heureux.’’
En conclusion, le Pape nous invite à remarquer que la miséricorde est, dans l’Ecriture, le mot-clé pour indiquer l’agir de Dieu envers nous. Son amour n’est pas seulement affirmé, mais il est rendu visible et tangible. D’ailleurs, l’amour ne peut jamais être un mot abstrait. Par nature, il est vie concrète : intentions, attitudes, comportements qui se vérifient dans l’agir quotidien. La miséricorde de Dieu est sa responsabilité envers nous. Il se sent responsable, c’est-à-dire qu’il veut notre bien et nous voir heureux, remplis de joie et de paix. L’amour miséricordieux des chrétiens doit être sur la même longueur d’onde. Comme le Père aime, ainsi aiment les enfants. Comme il est miséricordieux, ainsi sommes-nous appelés à être miséricordieux les uns envers les autres.

La miséricorde est le pilier qui soutient la vie de l’Eglise. Dans son action pastorale, tout devrait être enveloppé de la tendresse par laquelle on s’adresse aux croyants. Dans son annonce et le témoignage qu’elle donne face au monde, rien ne peut être privé de miséricorde. La crédibilité de l’Eglise passe par le chemin de l’amour miséricordieux et de la compassion. L’Eglise « vit un désir inépuisable d’offrir la miséricorde ». Peut-être avons-nous parfois oublié de montrer et de vivre le chemin de la miséricorde.
D’une part, la tentation d’exiger toujours et seulement la justice a fait oublier qu’elle n’est qu’un premier pas, nécessaire et indispensable, mais l’Eglise doit aller au-delà pour atteindre un but plus haut et plus significatif. D’autre part, il est triste de voir combien l’expérience du pardon est toujours plus rare dans notre culture. Même le mot semble parfois disparaître. Sans le témoignage du pardon, il n’y a qu’une vie inféconde et stérile, comme si l’on vivait dans un désert. Le temps est venu pour l’Eglise de retrouver la joyeuse annonce du pardon. Il est temps de revenir à l’essentiel pour se charger des faiblesses et des difficultés de nos frères. Le pardon est une force qui ressuscite en vie nouvelle et donne le courage pour regarder l’avenir avec espérance.
Relativement à l’ouverture de la Porte Sainte, ici dans notre Archidiocèse, le Comité de Suivi, de même que les cérémoniaires, en accord avec le document de référence que nous propose la Conférence Episcopale, veilleront à mettre à la disposition de tous, avant la fin de ce mois d’octobre, la brochure prévue à cet effet. Je souhaite vivement que vous en preniez connaissance mais surtout que les équipes presbytérales en fassent une large diffusion.

Le moment venu, les Curés de paroisses se feront l’agréable devoir d’inviter les fidèles à participer massivement à cette action liturgique. J’insiste pour dire qu’il ne s’agit pas d’organiser une activité pour les autres. C’est tous ensemble, évêque, prêtres, religieux et religieuses, fidèles laïcs du Christ, c’est nous tous qui  sommes invités à l’ouverture de la Porte Sainte (a la cathédrale St Paul)  le dimanche 13 décembre après-midi. A titre exceptionnel, ce dimanche-la  les messes du soir seront supprimées.

2-LA MISERICORDE SELON LE MAGISTERE DE L'EGLISE                                                                                                        Après ce détour biblique, le Pape poursuit son intervention en se référant au Magistère de l’Eglise. Partant de la deuxième encyclique de saint Jean-Paul II, Dives in misericordia, il nous fait remarquer que ‘‘la mentalité contemporaine semble s’opposer au Dieu de miséricorde, et elle tend à éliminer de la vie et à ôter du cœur humain la notion même de miséricorde. Le mot et l’idée de miséricorde semblent mettre mal à l’aise l’homme qui, grâce à un développement scientifique et technique inconnu jusqu’ici, est devenu maître de la terre qu’il a soumise et dominée (cf. Gn 1, 28).

Cette domination de la terre, entendue parfois de façon unilatérale et superficielle, ne laisse pas de place, semble-t-il, à la miséricorde’’ Et le Saint Père de conclure : ‘‘… Et c’est pourquoi, dans la situation actuelle de l’Eglise et du monde, bien des hommes et bien des milieux, guidés par un sens aigu de la foi, s’adressent, je dirais quasi spontanément, à la miséricorde de Dieu’’ et c’est cela qui justifie l’urgence de l’annonce et du témoignage à l’égard de la miséricorde dans le monde contemporain’’.
 Dans l’encyclique Redemptor Hominis le Pape François nous rappelle que l’enseignement qui y est contenu ‘‘demeure plus que jamais d’actualité et mérite d’être repris en cette Année Sainte’’ de façon renouvelée car  ‘‘l’Eglise vit d’une vie authentique lorsqu’elle professe et proclame la Miséricorde, attribut le plus admirable du Créateur et du Rédempteur, et lorsqu’elle conduit les hommes aux sources de la Miséricorde du Sauveur, dont elle est la dépositaire et la dispensatrice.’’

Pour lui, ‘‘l’Eglise a pour mission d’annoncer la miséricorde de Dieu, cœur battant de l’Evangile, qu’elle doit faire parvenir au cœur et à l’esprit de tous. Et de poursuivre : la vérité première de l’Eglise est l’amour du Christ. L’Eglise se fait servante et médiatrice de cet amour qui va jusqu’au pardon et au don de soi. En conséquence, là où l’Eglise est présente, la miséricorde du Père doit être manifeste. Dans nos paroisses, les communautés, les associations et les mouvements, en bref, là où il y a des chrétiens, quiconque doit pouvoir trouver une oasis de miséricorde.’’

A ce stade de mon propos, il est bien de nous demander, quels sont les moyens qui seront mis à notre disposition pour vivre ce jubilé extraordinaire de la Miséricorde.

II- LES MOYENS POUR VIVRE CETTE ANNEE JUBILAIRE


1-    L’ECOUTE DE LA PAROLE DE DIEU

Selon le Pape, ‘‘pour être capable de miséricorde, il nous faut donc d’abord nous mettre à l’écoute de la Parole de Dieu. Cela veut dire qu’il nous faut retrouver la valeur du silence pour méditer la Parole qui nous est adressée. C’est ainsi qu’il est possible de contempler la miséricorde de Dieu et d’en faire notre style de vie.’’
Ici aussi, je voudrais m’adresser tout particulièrement à mes confrères prêtres et leur rappeler que pour que ‘‘le ministère de la Parole soit fructueux, le prêtre donnera la primauté au témoignage de vie qui fait découvrir la puissance de l’amour de Dieu et rend persuasive sa parole. Il fera place, en outre, à la prédication explicite du mystère du Christ aux croyants’’ comme le souligne le Directoire pour le Ministère et la vie des prêtres. n°45.
Par ailleurs, les prêtres n’oublieront pas que ‘‘pour être authentique, la Parole doit être transmise sans astuce et falsification, mais en manifestant la vérité face à Dieu… La tâche du prêtre n’est pas d’enseigner sa propre sagesse, mais la Parole de Dieu, et d’inviter tous les hommes avec insistance à la conversion et à la sainteté. Par conséquent, la prédication ne peut se réduire à la communication d’idées personnelles, au témoignage de sa propre expérience, à des explications de caractère psychologique, sociologique ou philanthropique. Elle ne peut pas non plus, céder excessivement à l’attrait de la rhétorique, si fréquente dans la communication de masse.
Il s’agit en résumé, d’annoncer une Parole dont on ne peut disposer à son gré, puisqu’elle a été confiée à l’Eglise pour qu’elle la garde, la médite et la transmette fidèlement’’. Cf Directoire n°45. Ne serait-il pas bien dans le même sens, qu’en cette année, un accent particulier soit mis sur la formation à l’Ecriture Sainte et cela en lien avec le thème de la Miséricorde ?

2- LE PELERINAGE                                                                                                                   
Après l’écoute de la Parole de Dieu, pour le Pape, un autre signe particulier de l’Année Sainte  est le pèlerinage qu’il définit comme étant  ‘‘l’image du chemin que chacun parcourt au long de son existence. La vie est un pèlerinage, et l’être humain un viator, un pèlerin qui parcourt un chemin jusqu’au but désiré. Pour passer la Porte Sainte à Rome, et en tous lieux, chacun devra, selon ses forces, faire un pèlerinage. Ce sera le signe que la miséricorde est un but à atteindre, qui demande engagement et sacrifice. Que le pèlerinage stimule notre conversion : en passant la Porte Sainte, nous nous laisserons embrasser par la miséricorde de Dieu, et nous nous engagerons à être miséricordieux avec les autres comme le Père l’est avec nous.
J’encourage donc vivement les pèlerinages en cette année extraordinaire. J’ai encore en mémoire, le rassemblement de quelques vingt  cinq mille jeunes à la cathédrale Saint Paul du Plateau. Je décrète, que les Eglises à indulgence que j’indiquerai, soit des lieux privilégiés de pèlerinage pour nos différents vicariats. Les Vicaires épiscopaux feront en sorte de coordonner en accord avec les différents aumôniers diocésains, ces pèlerinages, dont les étapes nous sont proposées par le Saint Père lui-même.

2-1- LES ETAPES DU PELERINAGE
2-1-1- NE JUGEZ PAS, ET VOUS NE SEREZ PAS JUGES

Pour le Pape François, c’est le Seigneur Jésus lui-même qui ‘‘nous montre les étapes du pèlerinage à travers lequel nous pouvons atteindre ce but : « Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. Pardonnez, et vous serez pardonnés. Donnez, et l’on vous donnera : c’est une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante, qui sera versée dans le pan de votre vêtement ; car la mesure dont vous vous servez pour les autres servira de mesure aussi pour vous » (Lc 6, 37-38).
Il nous est dit, d’abord, de ne pas juger, et de ne pas condamner. Si l’on ne veut pas être exposé au jugement de Dieu, personne ne doit devenir juge de son frère. De fait, en jugeant, les hommes s’arrêtent à ce qui est superficiel, tandis que le Père regarde les cœurs. Que de mal les paroles ne font-elles pas lorsqu’elles sont animées par des sentiments de jalousie ou d’envie ! Mal parler du frère en son absence, c’est le mettre sous un faux jour, c’est compromettre sa réputation et l’abandonner aux ragots.
Ne pas juger et ne pas condamner signifie, de façon positive, savoir accueillir ce qu’il y a de bon en toute personne et ne pas permettre qu’elle ait à souffrir de notre jugement partiel et de notre prétention à tout savoir. Ceci n’est pas encore suffisant pour exprimer ce qu’est la miséricorde. Jésus demande aussi de pardonner et de donner, d’être instruments du pardon puisque nous l’avons déjà reçu de Dieu, d’être généreux à l’égard de tous en sachant que Dieu étend aussi sa bonté pour nous avec grande magnanimité’’. Une autre étape du pèlerinage consiste à être miséricordieux.

2-1-2- MISERICORDIEUX COMME LE PERE
Miséricordieux comme le Père, c’est donc la “devise” de l’Année Sainte nous dit sa Sainteté. ‘‘Dans la miséricorde, nous avons la preuve de la façon dont Dieu aime. Il se donne tout entier, pour toujours, gratuitement, et sans rien demander en retour. Il vient à notre secours lorsque nous l’invoquons. … L’aide que nous implorons est déjà le premier pas de la miséricorde de Dieu à notre égard. Il vient nous sauver de la condition de faiblesse dans laquelle nous vivons. Son aide consiste à rendre accessible sa présence et sa proximité. Touchés jour après jour par sa compassion, nous pouvons nous aussi devenir compatissants envers tous.
Au cours de cette Année Sainte, nous pourrons faire l’expérience d’ouvrir le cœur à ceux qui vivent dans les périphéries existentielles les plus différentes (les marginalises) que le monde moderne a souvent créées de façon dramatique. Combien de situations de précarité et de souffrance n’existent-elles pas dans le monde d’aujourd’hui ! Combien de blessures ne sont-elles pas imprimées dans la chair de ceux qui n’ont plus de voix parce que leur cri s’est évanoui et s’est tu à cause de l’indifférence des  riches !

2-1-3- LES ŒUVRES DE MISERICORDE


Au cours de ce Jubilé, l’Eglise sera encore davantage appelée à identifier ces blessures, à les soulager avec l’huile de la consolation, à les panser avec la miséricorde et à les soigner par la solidarité et l’attention. Ne tombons pas dans l’indifférence qui humilie, dans l’habitude qui anesthésie l’âme et empêche de découvrir la nouveauté, dans le cynisme destructeur. Ouvrons nos yeux pour voir les misères du monde, les blessures de tant de frères et sœurs privés de dignité, et sentons-nous appelés à entendre leur cri qui appelle à l’aide. Que nos mains serrent leurs mains et les attirent vers nous afin qu’ils sentent la chaleur de notre présence, de l’amitié et de la fraternité. Que leur cri devienne le nôtre et qu’ensemble, nous puissions briser la barrière d’indifférence qui règne souvent en souveraine pour cacher l’hypocrisie et l’égoïsme.
Pour le Saint Père, il nous faudra réfléchir durant le Jubilé sur les œuvres de miséricorde. Agir ainsi, cela sera une façon de réveiller notre conscience souvent endormie face au drame de la pauvreté, et de pénétrer toujours davantage le cœur de l’Evangile, où les pauvres sont les destinataires privilégiés de la miséricorde divine. Ces œuvres sont de deux ordres : les œuvres de miséricorde corporelles : donner à manger aux affamés, donner à boire à ceux qui ont soif, vêtir ceux qui sont nus, accueillir les étrangers, assister les malades, visiter les prisonniers, ensevelir les morts. Et n’oublions pas les œuvres de miséricorde spirituelles : conseiller ceux qui sont dans le doute, enseigner les ignorants, avertir les pécheurs, consoler les affligés, pardonner les offenses, supporter patiemment les personnes ennuyeuses, prier Dieu pour les vivants et pour les morts.
En cette année de la miséricorde, je souhaite vraiment que nous puissions redynamiser la Pastorale Sociale dans son ensemble. Nos paroisses et lieux de culte sont beaucoup solliciter sans que nous puissions satisfaire les besoins de ceux de nos frères qui sont en souffrance. Certes, le discernement ici aussi sera de rigueur mais il nous faut faire attention à ne pas passer loin des véritables nécessiteux : je pense aux malades qui sont dans nos quartiers et nos hôpitaux et qui attendent quelques fois sans succès  d’être visités.                                                        
Ne serait-il pas possible qu’en cette année particulière, nous accentuons en amont, la visite aux malades que nous délaissons trop souvent aux mains des bénévoles ? Ne serait-il pas bienséant que les prêtres eux-mêmes, trouvent du temps pour leurs fidèles exclus de la communauté paroissiale parce que handicapés par la maladie. Je recommande que notre charité envers eux se fasse inventive. 

2-2- "24 HEURES POUR LE SEIGNEUR"
Le Pape parle aussi d’un autre aspect important pour vivre avec foi ce Jubilé : lire l’Ecriture et la commenter. Son souhait est que cette Année Sainte expose la richesse de la mission de Jésus qui résonne dans les paroles du Prophète : dire une parole et faire un geste de consolation envers les pauvres, annoncer la libération de ceux qui sont esclaves dans les nouvelles prisons de la société moderne, redonner la vue à qui n’est plus capable de voir car recroquevillé sur lui-même, redonner la dignité à ceux qui en sont privés. Que la prédication de Jésus soit de nouveau visible dans les réponses de foi que les chrétiens sont amenés à donner par leur témoignage. Que les paroles de l’Apôtre nous accompagnent : « celui qui pratique la miséricorde, qu’il ait le sourire » (Rm 12, 8).

Par ailleurs, le Pape nous invite à faire en sorte que le Carême de cette Année Jubilaire soit vécu plus intensément comme un temps fort pour célébrer et expérimenter la miséricorde de Dieu. D’où L’initiative appelée « 24 heures pour le Seigneur » du vendredi et samedi qui précèdent le IVème dimanche de Carême doit monter en puissance dans les diocèses. La raison en est que tant de personnes se sont de nouveau approchées du sacrement de Réconciliation, et parmi elles de nombreux jeunes, qui retrouvent ainsi le chemin pour revenir au Seigneur, pour vivre un moment de prière intense, et redécouvrir le sens de leur vie. Avec conviction, remettons au centre le sacrement de la Réconciliation, puisqu’il donne à toucher de nos mains la grandeur de la miséricorde. Pour chaque pénitent, ce sera une source d’une véritable paix intérieure d’où le rôle des confesseurs.

III- ROLE DES CONFESSEURS (Prêtres uniquement)
Le Pape ajoute : Je ne me lasserai jamais d’insister pour que les   confesseurs soient un véritable signe de la miséricorde du Père. On ne s’improvise pas confesseur. On le devient en se faisant d’abord pénitent en quête de pardon. N’oublions jamais qu’être confesseur, c’est participer à la mission de Jésus d’être signe concret de la continuité d’un amour divin qui pardonne et qui sauve. Chacun de nous a reçu le don de l’Esprit Saint pour le pardon des péchés, nous en sommes responsables. Nul d’entre nous n’est maître du sacrement, mais un serviteur fidèle du pardon de Dieu.
Chaque confesseur doit accueillir les fidèles comme le père de la parabole du fils prodigue : un père qui court à la rencontre du fils bien qu’il ait dissipé tous ses biens. Les confesseurs sont appelés à serrer sur eux ce fils repentant qui revient à la maison, et à exprimer la joie de l’avoir retrouvé. Ils ne se lasseront pas non plus d’aller vers l’autre fils resté dehors et incapable de se réjouir, pour lui faire comprendre que son jugement est sévère et injuste, et n’a pas de sens face à la miséricorde du Père qui n’a pas de limite. Ils ne poseront pas de questions impertinentes, mais comme le père de la parabole, ils interrompront le discours préparé par le fils prodigue, parce qu’ils sauront accueillir dans le cœur du pénitent l’appel à l’aide et la demande de pardon. En résumé, les confesseurs sont appelés, toujours, partout et en toutes situations, à être le signe du primat de la miséricorde.
Pour en montrer l’importance le Saint Père a décidé qu’au cours du carême de cette Année Sainte, il a l’intention d’envoyer les Missionnaires de la Miséricorde. Ceux-ci sont de bons prêtres, patients, capables de comprendre les limites des hommes, mais prêts à inculquer l'esprit du Bon Pasteur dans leur mission de prêcher et de confesser. Ils recevront le mandat du Pape au cours d'une célébration le Mercredi des Cendres dans la basilique St Pierre. La sélection des candidats Missionnaires est une prérogative du Conseil pontifical pour la promotion de la Nouvelle Évangélisation.

Les prêtres qui souhaitent s'engager à ce service spécial doivent avoir une lettre de présentation de leur évêque.  Ils seront le signe de la sollicitude maternelle de l’Eglise à l’égard du Peuple de Dieu, pour qu’il entre en profondeur dans la richesse de ce mystère aussi fondamental pour la foi. Ce seront des prêtres à qui le Saint Père aura donné l’autorité pour pardonner aussi les péchés qui sont réservés au Siège Apostolique, afin de rendre explicite l’étendue de leur mandat. Ils seront surtout signe vivant de la façon dont le Père accueille ceux qui sont à la recherche de son pardon. Ils seront des missionnaires de la miséricorde car ils se feront auprès de tous l’instrument d’une rencontre riche en humanité, source de libération, lourde de responsabilité afin de dépasser les obstacles à la reprise de la vie nouvelle du Baptême.
Voici les Églises où seront envoyés ces missionnaires, une par Vicariat: La cathédrale St Paul, les paroisses St Augustin d'Aboboté, Notre Dame d'Anyama et St Joseph de Memni. A ces paroisses, je joins également le Sanctuaire Marial d'Abidjan ainsi que le Sanctuaire Eucharistique St Paul de l'Adoration.

Ici dans notre Archidiocèse d’Abidjan, je voudrais rappeler encore une fois l’obligation qui incombe aux prêtres. Chers confrères prêtres, ‘‘ pour se trouver dans les meilleures conditions de montrer avec efficacité la beauté de la Pénitence, il est indispensable que le ministre du sacrement offre un témoignage personnel en précédant les autres fidèles dans l’expérience du pardon. Cette expérience constitue par ailleurs la première condition pour la revalorisation pastorale du sacrement de la réconciliation. En ce sens, il est bon que les fidèles sachent et voient que leurs prêtres eux aussi se confessent avec régularité’’. Cf Directoire n°53 En décidant de détacher le Père AKWADAN au Centre Sainte Thérèse de Bingerville et en le nommant Aumônier du presbyterium, je souhaite de tout coeur que tous et particulièrement les plus jeunes, à défaut de consulter leurs accompagnateurs spirituels, le fréquentent régulièrement pour se donner les énergies dont ils ont besoin dans leur marche à la suite du Christ.
En effet, comment comprendre que la quasi-totalité des prêtres que nous sommes a des ‘‘enfants spirituels’’ à qui elle prodigue des conseils, les confesse, ne prenne pas elle-même ce chemin au risque de s’entendre dire un jour : ‘‘médecin, guéris-toi, toi-même !’’. Cette année, je désire que ‘‘pour contribuer à l’amélioration de leur spiritualité, que les prêtres pratiquent eux-mêmes, dans la vérité, la Direction spirituelle. En remettant dans les  mains d’un sage confrère la formation de leur âme, ils mûriront l’importance de ne pas marcher seul sur les chemins de la vie spirituelle et de l’engagement pastoral’’. Cf Directoire n°54 Et cela vaut aussi pour tous les consacrés et autres fidèles laïcs du Christ.
Pour ne laisser personnes en marges de ce jubilé de la Miséricorde, le Pape fait une adresse à des groupes particuliers de personnes.

IV- APPELS PARTICULIERS (Laïcs) 
4-1- AUX HOMMES ET AUX FEMMES QUI FONT PARTIE D’UNE ORGANISATION CRIMINELLE

Que puisse parvenir à tous la parole de pardon et que l’invitation à faire l’expérience de la miséricorde ne laisse personne indifférent ! Mon appel à la conversion s’adresse avec plus d’insistance à ceux qui se trouvent éloignés de la grâce de Dieu en raison de leur conduite de vie. Je pense en particulier aux hommes et aux femmes qui font partie d’une organisation criminelle quelle qu’elle soit. Pour votre bien, je vous demande de changer de vie. Je vous le demande au nom du Fils de Dieu qui, combattant le péché, n’a jamais rejeté aucun pécheur. Ne tombez pas dans le terrible piège qui consiste à croire que la vie ne dépend que de l’argent, et qu’à côté, le reste n’aurait ni valeur, ni dignité. Ce n’est qu’une illusion. Nous n’emportons pas notre argent dans l’au-delà. L’argent ne donne pas le vrai bonheur. La violence pour amasser de l’argent qui fait couler le sang ne rend ni puissant, ni immortel. Tôt ou tard, le jugement de Dieu viendra, auquel nul ne pourra échapper.

4-2- AUX PERSONNES FAUTIVES OU COMPLICES DE CORRUPTION
Le même appel s’adresse aux personnes fautives ou complices de corruption. Cette plaie puante de la société est un péché grave qui crie vers le ciel, car il mine jusqu’au fondement de la vie personnelle et sociale. La corruption empêche de regarder l’avenir avec espérance, parce que son arrogance et son avidité anéantissent les projets des faibles et chassent les plus pauvres. C’est un mal qui prend racine dans les gestes quotidiens pour s’étendre jusqu’aux scandales publics.
La corruption est un acharnement dans le péché qui entend substituer à Dieu l’illusion de l’argent comme forme de pouvoir. C’est une œuvre des ténèbres, qui s’appuie sur la suspicion et l’intrigue. Corruptio optimi pessima, disait avec raison saint Grégoire le Grand, pour montrer que personne n’est exempt de cette tentation. Pour la vaincre dans la vie individuelle et sociale, il faut de la prudence, de la vigilance, de la loyauté, de la transparence, le tout en lien avec le courage de la dénonciation. Si elle n’est pas combattue ouvertement, tôt ou tard on s’en rend complice et elle détruit l’existence.

Voici le moment favorable pour changer de vie ! Voici le temps de se laisser toucher au cœur. Face au mal commis, et même aux crimes graves, voici le moment d’écouter pleurer les innocents dépouillés de leurs biens, de leur dignité, de leur affection, de leur vie même. Rester sur le chemin du mal n’est que source d’illusion et de tristesse. La vraie vie est bien autre chose. Dieu ne se lasse pas de tendre la main. Il est toujours prêt à écouter, et moi aussi je le suis, comme mes frères évêques et prêtres. Il suffit d’accueillir l’appel à la conversion et de se soumettre à la justice, tandis que l’Eglise offre la miséricorde.
Cette adresse doit rejoindre le cœur de chacun de nous afin de nous rendre proche de ceux qui ont fini par se marginaliser d’une manière ou d’une autre. Se rendre proche, non pour juger mais pour comprendre, accompagner et aider. En effet, le plan de salut de notre Dieu s’adresse à tous les hommes et à tout l’homme sans exception.
Enfin, est-il possible de parler de miséricorde sans parler de justice ? Le Pape nous instruit sur le lien très étroit entre ces deux concepts pour aboutir à la notion d’indulgence.

V- DU RAPPORT JUSTICE-MISERICORDE-INDULGENCE
                                                                                                                                                                                                                                                                                  Pour le pape, en parlant de Justice et de miséricorde, ‘‘il ne s’agit pas de deux aspects contradictoires, mais de deux dimensions d’une unique réalité qui se développe progressivement jusqu’à atteindre son sommet dans la plénitude de l’amour. La justice est un concept fondamental pour la société civile, quand la référence normale est l’ordre juridique à travers lequel la loi s’applique. La justice veut que chacun reçoive ce qui lui est dû. Il est fait référence de nombreuses fois dans la Bible à la justice divine et à Dieu comme juge. On entend par là l’observance intégrale de la Loi et le comportement de tout bon israélite conformément aux commandements de Dieu.

Pour sa part, Jésus s’exprime plus souvent sur l’importance de la foi que sur l’observance de la loi. En face d’une vision de la justice comme simple observance de la loi qui divise entre justes et pécheurs, Jésus indique le grand don de la miséricorde qui va à la recherche des pécheurs pour leur offrir le pardon et le salut. On comprend alors pourquoi Jésus fut rejeté par les pharisiens et les docteurs de la loi, à cause de sa vision libératrice et source de renouveau. Pour être fidèles à la loi, ils posaient des poids sur les épaules des gens, rendant vaine la miséricorde du Père. Le respect de la loi ne peut faire obstacle aux exigences de la dignité humaine.

C’est en ce sens qu’il nous faut comprendre ses paroles, lorsqu’à table avec Matthieu et d’autres publicains et pécheurs, il dit aux pharisiens qui le critiquent : « Allez apprendre ce que signifie : Je veux la miséricorde, non le sacrifice. En effet, je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs » (Mt 9, 13).
L’apôtre Paul a parcouru un chemin similaire. Avant de rencontrer le Christ sur le chemin de Damas, il consacrait sa vie à observer de manière irréprochable la justice de la loi (cf. Ph 3, 6). La conversion au Christ l’amena à changer complètement de regard. La miséricorde n’est pas contraire à la justice, mais illustre le comportement de Dieu envers le pécheur, lui offrant une nouvelle possibilité de se repentir, de se convertir et de croire. Ce qu’a vécu le prophète Osée nous aide à voir le dépassement de la justice par la miséricorde.

Si Dieu s’arrêtait à la justice, il cesserait d’être Dieu ; il serait comme tous les hommes qui invoquent le respect de la loi. La justice seule ne suffit pas et l’expérience montre que faire uniquement appel à elle risque de l’anéantir. C’est ainsi que Dieu va au-delà de la justice avec la miséricorde et le pardon. Cela ne signifie pas dévaluer la justice ou la rendre superflue, au contraire.
Qui se trompe devra purger sa peine, mais ce n’est pas là le dernier mot, c'est plutôt le début de la conversion, en faisant l’expérience de la tendresse du pardon. Dieu ne refuse pas la justice. Il l’intègre et la dépasse dans un événement plus grand dans lequel on fait l’expérience de l’amour, fondement d’une vraie justice. Cette justice de Dieu est la miséricorde accordée à tous comme une grâce venant de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ. La Croix du Christ est donc le jugement de Dieu sur chacun de nous et sur le monde, puisqu’elle nous donne la certitude de l’amour et de la vie nouvelle.

Le jubilé amène la réflexion sur l’indulgence. Pour l'Eglise, tout péché même pardonne entraîne un devoir de réparation de ce qu'il a détruit (par ex.il faut rendre l'argent volé). La réparation est donc nécessaire pour voir définitivement Dieu. L'indulgence, c’est la remise de la " peine" réparatrice des conséquences d'un péché. Dans le sacrement de la Réconciliation, Dieu pardonne les péchés, et ils sont réellement effacés, cependant que demeure l'empreinte négative des pêchés dans nos comportements et nos pensées. Mais la miséricorde de Dieu est plus forte que ceci. Elle devient indulgence du Père qui rejoint le pécheur pardonné et le libère de tout ce qui reste des conséquences du péché.     Elle revêt une importance particulière au cours de cette Année Sainte.
C'est dire que le temps de grâce du Jubilé de la Miséricorde sera naturellement caractérisé par la possibilité d'obtenir l'indulgence plénière à travers certains exercices de piété (culminant dans le passage de la Porte Sainte ou Porte de la Miséricorde) qui accompagneront la prière et la célébration des sacrements de la Réconciliation  et de l'Eucharistie, comme des signes concrets du chemin de conversion et d'immersion dans la Miséricorde du Père. Le comité de suivi et les cérémoniaires sont chargés de faire connaître très prochainement les conditions pour obtenir l'indulgence. Vivons donc intensément le Jubilé en demandant au Père le pardon des péchés et l'étendue de son indulgence miséricordieuse.

CONCLUSION : LE JUBILE UNE INVITATION A S’OUVRIR AUX AUTRES
La valeur de  la miséricorde dépasse les frontières de l’Eglise. Elle est le lien avec le Judaïsme et l’Islam. Que cette Année Jubilaire, vécue dans la miséricorde, favorise la rencontre avec ces religions et les autres nobles traditions religieuses. Qu’elle nous rende plus ouverts au dialogue pour mieux nous connaître et nous comprendre. Qu’elle chasse toute forme de fermeture et de mépris. Qu’elle repousse toute forme de violence et de discrimination.
Pour cette année, je souhaite que la journée de l’unité des chrétiens tienne une place importante dans l’agenda de nos différentes paroisses. Que des actions soient menées de concert avec nos frères Méthodistes, sans oublier le vivre ensemble qui doit nous pousser un peu plus cette année, vers nos frères musulmans.
Avec le Saint Père, je prie et souhaite ‘‘que notre pensée se tourne vers la Mère de la Miséricorde. Que la douceur de son regard nous accompagne en cette Année Sainte, afin que tous puissent redécouvrir la joie de la tendresse de Dieu.’’
Bonne, heureuse et fructueuse année pastorale 2015-2016

Samedi 10 octobre 2015


+ Jean Pierre Cardinal KUTWÃ

Archevêque Métropolitain d’Abidjan




 



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