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"Soyez miséricordieux comme votre Père Céleste est miséricordieux" (Luc 6, 36)
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  • Sa Sainteté le Pape François a accepté ce 12 octobre 2017, la démission de Son Excellence Mgr Marie-Daniel DADIET, qui avait demandé à être relevé de la charge pastorale de l'Archidiocèse de Korhogo, pour raison de santé. Le Saint Père nomme S.E Mgr Ignace BESSI Dogbo, Evêque de Katiola, Administrateur Apostolique de l'Archidiocèse de Korhogo.

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L'Argent et la mission de l'Eglise

Mar 29 Jan 2013, 12:01

L’ARGENT ET LA MISSION DE L’EGLISE : A l’attention de tous les Pasteurs : évêques, prêtres, religieux, religieuses et tous les laïcs consacrés au service de la mission.

   

Chers confrères,
    Chers fils bien-aimés, collaborateurs des Évêques, chers frères et sœurs dans la vie consacrée, chers frères et sœurs laïcs consacrés au service de la mission, l’Église de Côte d’Ivoire, notre Église, comme toutes les Églises du monde entier, a pour mission d’annoncer la Bonne Nouvelle du salut. Cette mission a plusieurs facettes. Elle consiste à proclamer l’Évangile pour faire des disciples de toutes langues, peuples et nations. Elle consiste aussi à célébrer le salut dans la liturgie de même qu’à organiser la communion fraternelle, dans un esprit de solidarité sans frontière.

 Aucun d’entre nous n’ignore qu’une telle mission, aussi vaste que variée, a besoin de moyens matériels et financiers suffisants. Personne, en ce 21eme siècle, comme au temps de Jésus, ne saurait nier l’importance d’une « bourse », c'est-à-dire de l’argent, dans l’annonce de l’Évangile. Or contre toute attente, l’Église de Côte d’Ivoire, notre Église, en matière de moyens capables de soutenir les œuvres de mission, est confrontée à deux difficultés majeures intrinsèquement liées: les difficultés de gestion et le manque criard de ressources. Que faire alors, devant une telle nécessité et un tel manque, pour doter notre Église des moyens de sa pastorale, des moyens qui la rendent libre, des moyens qui libèrent sa parole ?

     La réponse à cette question est à notre portée, et passe par une réflexion sérieuse sur l’argent et la mission de l’Église. Cette réflexion est attendue d’abord des Évêques, puis des prêtres, ensuite de tous les agents pastoraux et enfin des laïcs. Elle devra mettre en lumière le rôle, l’origine et la gestion de l’argent au service de la mission, dans l’Église. Il s’agit, en d’autres termes, de redécouvrir, de critiquer sans détour ni faux fuyant, dans l’honnêteté et la vérité, notre relation avec l’argent, dans la réalisation de notre mission d’annonce du Christ.

Chapitre 1 : LE ROLE DE L’ARGENT DANS LA MISSION DE L’EGLISE

    Pour mieux cerner le rôle et l’importance de l’argent dans la mission de l’Église, il est nécessaire de bien cerner cette mission. La mission est annonce, la mission est célébration dans la liturgie, la mission est communion fraternelle dans la charité. (Et ces différents aspects de la mission ne peuvent se vivre sans moyens matériels et financiers.)

I- L’annonce, la célébration, la communion fraternelle dans la charité
   
    L’Église est essentiellement missionnaire, c'est-à-dire envoyé par Jésus-Christ, le Ressuscité, pour faire des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du saint Esprit, et leur apprenant à garder ses commandements (Cf. Mt.28, 20). Cette grande mission se ramifie dans l’annonce, la célébration, la communion fraternelle dans la charité. Les Actes des Apôtres témoignent de cette trilogie : (cf. Ac.2, 42 - 46 ; 4, 32 – 35).


a- L’annonce

     L’annonce qui consiste à proclamer la parole de Dieu pour faire naître la foi dans le cœur des hommes (Cf. Rm. 10, 17), s’approfondit dans la catéchèse. Celle- ci a pour objectif d’aider ceux qui ont été convoqués par la parole annoncée, à mieux connaître le Christ auquel ils adhèrent. Pour atteindre son but, la catéchèse a besoin d’une organisation qui nécessite des catéchètes, des catéchistes, ou comme on le dirait, aujourd’hui, en milieu urbain, d’animateurs.

b- La célébration

La parole annoncée et approfondie dans la catéchèse, rassemble des hommes en une communauté de foi. Celle–ci  se réunit pour vivre et célébrer sa foi, sa vie avec le Christ, particulièrement dans les sacrements. Cette célébration, c’est la liturgie, l’action de tout le peuple, qui a ses exigences financières, aujourd’hui comme hier. Cela semble obvis.

 La liturgie a  besoin d’un cadre : l’église, la maison où Dieu habite. Cette maison de Dieu, depuis les temps bibliques, à travers le temple de Jérusalem, a été prise en haute estime par le peuple de Dieu. Il la construit avec soin, organise, avec précision, son entretien et son mobilier, ainsi que les ornements du culte et les vases sacrés.

 La liturgie a besoin de rituels et d’agents dont les prêtres dans toute leur hiérarchie, sans oublier les autres ministres. (Ainsi le peuple de Dieu organise le culte divin pour la gloire de Dieu et le salut des hommes.)

    S’il est vrai que « la liturgie est vie », une liturgie qui ne descendrait pas dans la vie pour organiser la solidarité entre les hommes, le partage du pain quotidien, ne serait pas une vraie liturgie.

    c- La communion fraternelle, dans la charité

 La liturgie appelle donc nécessairement la communion fraternelle : rompre le pain eucharistique pour soulager la faim de Dieu, conduit à rompre le pain quotidien pour soulager la faim physiologique des hommes. L’Église qui annonce et célèbre ne saurait se dérober à une telle mission qui se situe au cœur de l’Évangile et authentifie l’annonce et la célébration. C’est ici que la parabole du Bon Samaritain prend tout son sens (Cf. Lc.10, 29-37).

d- Les besoins de la mission de l’Église de Côte d’Ivoire, aujourd’hui : de la prise en charge de la formation à la prise en charge de la santé des clercs.

-    Les besoins de la formation des clercs

 Pour accomplir sa mission l’Église a besoin de missionnaires pour l’annonce, la liturgie, la charité. Ceux-ci sont formés dans des Séminaires et des Instituts spécialisés qui coûtent excessivement chers. Un séminariste en Côte d’Ivoire, aujourd’hui, coûte 300.000 F à son diocèse, 600.000 F à l’Église universelle sans les frais annexes qui comprennent les frais de santé, d’imprimerie et bien d’autres. Sur la base des 700 séminaristes par an, c’est la bagatelle de 420.000.000 F que l’Église universelle doit trouver pour soutenir la formation des séminaristes. Quant à l’Église de Côte d’Ivoire, c’est 210.000.000 F qu’elle devra trouver,( soit 14.000.000 F par diocèse si la répartition devrait être faite par diocèse.)

- La rémunération des clercs

 Les clercs, une fois formés, sont envoyés dans les paroisses ou dans les instituts de formation où ils exercent leur mission. Sans entrer dans les détails de leur coût selon les lieux d’insertion, mais partant sur la base des 26 intentions de messe par mois qui servent de rémunération, dans la plus part des diocèses du pays, c’est, pour 1294 prêtres, au moins 807.456.000 F qu’il faudra trouver par an pour permettre aux prêtres de vivre décemment avec le minimum de 52.000 F par mois.
 (Si une telle somme était gérée sur le plan national, regardons un peu ce que ça représenterait comme capacité de stockage financier et les possibilités de fructification dans l’intérêt même des honoraires de messe !)

- Les besoins de la pastorale

A cela il faudrait ajouter les frais de déplacement. En effet, certains clercs, et ils sont les plus nombreux, selon l’organisation actuelle des diocèses, ont à parcourir des dizaines, des vingtaines, voire des cinquantaines et même des centaines de villages pour annoncer le Christ. Si la dotation moyenne par prêtre était fixée à 50.000 F, cela nécessiterait 776.400.000 F pour tous les prêtres du pays.

Que dire de la prise en charge du déplacement des Évêques à travers le diocèse et à travers le monde pour les causes de la mission ? Pour visiter les paroisses du diocèse, pour participer aux réunions diverses dans le pays, la sous-région, le continent et dans le monde, les moyens financiers sont nécessaires aux Évêques. Nous imaginons aisément la masse financière qu’il faudrait mobiliser à l’Église diocésaine, à l’Église nationale pour soutenir une telle pastorale.  

- Les besoins de la santé des prêtres

Que dire de l’assurance-maladie des clercs ? L’on devra prévoir pour tous les clercs ivoiriens près de 129.400.000 F. Nous omettons volontairement certains agents pastoraux dont les catéchistes, les religieux et religieuses. Si à tout cela vient s’ajouter le soutien à l’apostolat des laïcs et à la Pastorale sociale, alors nous imaginons un peu l’immensité des fonds dont l’Église doit disposer par an pour mener à bien sa mission. Un calcul nous conduit à 1.923.256.000 F qu’il faudrait à l’Église par an, pour une partie seulement de la mission.

(Imaginons la gestion d’une telle somme sur le plan national !)

(Tous ces ouvriers, surtout quand ils sont employés à plein temps à ce service missionnaire, ont besoin de moyens, non seulement pour mener à bien leur responsabilité, mais aussi pour vivre décemment.)

Qui, devant de tels besoins, pourrait mettre en doute le fait que la charité fraternelle, la liturgie et l’annonce ont besoin de moyens financiers conséquents pour atteindre leur objectif qui est de donner le Christ aux hommes de tous les temps ?

    2- Nécessité et rôle de l’argent dans la mission de l’Église

L’Église, notre Mère, à la suite des Apôtres, eux-mêmes imitateurs du Christ, est consciente de la nécessité et du rôle de l’argent au service de la mission.

a- Nécessité et rôle de l’argent dans la mission de Jésus

-prise en charge alimentaire et diverse

Jésus est le modèle de vie de chaque chrétien, mais aussi de toute l’Église, Sacrement du Christ. De ce point de vue, comme chaque membre, l’Église, Corps du Christ, contemple la vie du Maître pour en tirer des types de comportement à imiter. Or le Christ, dans l’exercice de sa mission, a eu besoin de moyens de toutes sortes. Il a eu besoin du soutien matériel de ses amis qui l’on t accueilli et nourri, notamment la famille de Lazare (Cf. Lc.10, 38-42). L’Évangile relève aussi l’existence d’un groupe de femmes dont Marie Madeleine et Jeanne, femme de Chouza, intendant d’Hérode, qui le soutenaient de leurs biens ( Lc. 8, 1-3).

-service de la célébration et de la communion fraternelle

C’est dans cette logique qu’il est fait allusion à la bourse que tenait Judas. Cette bourse servait non seulement à soutenir la petite équipe itinérante d’annonciateurs du Royaume, mais aussi à soutenir les pauvres et à agrémenter les fêtes (Jn.13, 29). L’annonce, la liturgie et la charité vécues par Jésus et les Apôtres avaient besoin de moyens. Jésus savait les accueillir avec reconnaissance et organiser leur gestion dans la confiance et respectant le principe de subsidiarité, mieux, de communion.

b- Nécessité et rôle de l’argent dans la mission des Apôtres

-le modèle de la communauté de Jérusalem

Le modèle proposé par Jésus est reproduit par la communauté issue de la prédication apostolique. Les Apôtres, à la suite du Maître, ont très bien compris que l’annonce, la liturgie et la charité ne pouvaient se vivre sans un minimum de moyens. Ils ont eu à cœur d’organiser ces moyens pour atteindre leur objectif. En témoigne la vie de la première communauté chrétienne selon les Actes des Apôtres (Cf. Ac.2, 42-47 ; 4, 32-35).

-le modèle des communautés évangélisées par  Paul

Paul, le Grand Missionnaire n’échappa pas à la règle. Il le laisse entrevoir dans sa relation avec les Corinthiens. Pour lui, c’est une évidence que les biens temporels des bénéficiaires des biens spirituels soient mis à la disposition de ceux qui sèment, en eux, ces biens spirituels (Cf. 1Co.9, 11-12). Il appuie cette évidence sur des allusions scripturaires mais surtout sur une prescription précise du Seigneur : « Ne savez-vous pas que les ministres du temple vivent du temple, que ceux qui servent à l’autel partagent avec l’autel ? De même le Seigneur a prescrit à ceux qui annoncent l’Évangile de vivre de l’Évangile » (1Co. 9, 13-14). Paul atteste que c’est un ordre du Seigneur que des moyens soient dégagés au cœur même de l’annonce pour l’annonce.

c- Nécessité et rôle de l’argent dans le Magistère de l’Église

-    Les besoins de la rémunération des prêtres selon le concile Vatican II

Le modèle vécu par le Christ et les Apôtres, l’Église l’a reçu et assimilé, et le transmet de génération en génération, dans son Magistère authentique. Le concile Vatican II en parle d’une manière particulière et précise dans Presbyterorum Ordinis. S’agissant des moyens au service de la vie des prêtres, il dit ceci entre autres : « Les prêtres consacrent leur vie au service de Dieu en accomplissant la fonction qui leur est confiée ; ils méritent de recevoir une juste rémunération…Là où rien d’autre n’existe pour assurer cette juste rémunération, faire le nécessaire pour assurer aux prêtres un niveau de vie suffisant et digne est, à proprement parler une obligation pour les chrétiens, puisque c’est à leur service que les prêtres consacrent leur activité. Les évêques eux, ont le devoir de rappeler aux chrétiens cette obligation… » (P.O. 20).

Le concile, insistant sur la juste rémunération des prêtres  et le devoir des chrétiens, relève, par le fait même, la nécessité et le rôle de l’argent dans la mission du prêtre. Allusion est faite, dans ce paragraphe, aux prescriptions du Maître quant à la prise en charge de l’ouvrier de l’Évangile.

-    La nécessité de l’acquisition des biens pour le service de l’Évangile, selon le Droit canonique

La pensée du Concile est prolongée dans le Code de Droit canonique. Celui-ci codifie la nécessité de l’argent dans la mission de l’Église, en son livre V portant sur les Biens temporels. Les canons 1254-1310 méritent une attention spéciale. Le canon 1254 est plus qu’éloquent à ce sujet :   « L’Église catholique peut, en vertu d’un droit inné, acquérir, conserver, administrer et aliéner des biens temporels, indépendamment du pouvoir civil, pour la poursuite des fins qui lui sont propres ». Les fins qui sont propres à l’Église catholique ne sont autres que celles liées à l’évangélisation pluridimensionnelle faite d’annonce, de célébration et de communion fraternelle.

    La tradition, qui remonte des Saintes Écritures et progresse jusqu’à nous, atteste de la nécessité des moyens matériels et financiers, au service de la mission. Mais si la tradition divine et humaine atteste que l’argent a toujours été nécessaire et utile pour la vie de l’Église, la grande question qui se pose à nous et qui ne peut être esquivée est celle-ci : l’argent de l’Église, d’où vient –il ?

Chapitre 2 : L’ORIGINE DE L’ARGENT DE L’EGLISE

    La réponse à une telle question qui paraît évidente, exige, néanmoins, un coup d’œil sur la révélation. Aussi bien dans les temps bibliques que dans les temps de l’Église, Dieu a disposé que les moyens issus des membres de la communauté, soient mis au service de la mission particulière de son peuple au milieu du monde. Les Saintes Écritures attestent de l’existence de ses moyens dont elles parlent en terme d’offrandes.

   
1- Dans l’Ancien Testament
   
a-    Divers dons prescrits et la dîme

    Dans l’Ancien Testament, les offrandes émanant des communautés et des individus sont recueillies pour soutenir les œuvres du culte rendu à Dieu. Le peuple, à travers ses membres, fournissait ce qui était nécessaire pour la construction du temple : l’or, l’argent, le bronze, le bois (1Ch.22, 2-19), mais aussi pour le sacrifice (Lv.1, 1 et suivants) et le service du temple (Ne.10, 33-40). La dîme avait une place de choix dans les dons offerts pour le fonctionnement du temple (Ml.3, 6-12 Cf…). Il est même question de la dîme de la dîme que versaient les lévites (Ne.10, 39).

b-    Dons spontanés et volontaires

Des volontaires, au sein du peuple, se démarquaient par leurs dons généreux et spontanés. Le livre d’Esdras est témoin d’offrandes volontaires et généreuses, faites par quelques particuliers volontaires, pour le rétablissement du temple en son site : «  Un certain nombre de chefs de familles, en arrivant au temple du Seigneur qui est à Jérusalem, firent des offrandes de dévotion pour le temple de Dieu afin qu’on le rétablît en son site. Selon leurs possibilités, ils versèrent au trésor du culte 61.000 drachmes d’or, 5.000 mines d’argent et 100 tuniques sacerdotales » (Es.2, 68-69). Il est bon de relever, au passage, que l’existence du trésor et donc de la salle du trésor dans la structure du temple (Cf. Ne.10, 39), annonce, dés le départ, la nécessité de moyens financiers et matériels émanant du peuple (Cf. Ne.10, 33-40), pour la vie même du temple et de ceux qui y travaillent.

2 – Dans le Nouveau Testament
   
a-    Les donateurs bénéficiaires de la première annonce de l’Évangile

    Dans le Nouveau Testament, des offrandes communautaires et individuelles sont prescrites ou organisées pour soutenir l’activité des missionnaires ou  pour aider une autre communauté plus pauvre. Dans cette optique, le Maître a disposé que les dons individuels des bénéficiaires de l’Évangile servent à l’entretien des annonciateurs de l’Évangile.

Conformément à l’ordre du Maître de la moisson, les Apôtres devaient partir sans se préoccuper de prévoir le nécessaire pour la route. Cette injonction ne signifiait pas que la provision pour la route ne fût pas indispensable ; elle sous entendait plutôt que d’autres dispositions étaient prises pour l’assurer, à savoir, l’élan généreux des bénéficiaires de l’annonce de la Bonne Nouvelle du salut. C’est à eux qu’il revenait de pourvoir au gîte et au couvert des apôtres de l’Évangile, comme l’énonce clairement Jésus, dans les indications données aux premiers missionnaires,  les Douze Apôtres : « Ne vous procurez ni or, ni argent, ni menue monnaie pour vos ceintures, ni besace pour la route, ni deux tuniques, ni sandales, ni bâton : car l’ouvrier mérite son salaire » (Mt.10, 9-10). C’est à cela que servait la bourse de Judas (Cf. Jn.12, 1-8 ; 13, 29), laquelle accueillait les biens des donateurs dont il est fait mention, en Lc.8, 1-3.

Cette prise en charge des porteurs de la Bonne Nouvelle incluait aussi les pauvres du temps de Jésus. L’épisode de l’onction à Béthanie le montre bien. Judas, le gardien de la bourse, savait que son trésor recevait des dons qui servaient aussi aux pauvres. Les autres disciples aussi le savaient (Cf.Jn.13, 29).

b-    Les donateurs dans les communautés ecclésiales organisées

L’Apôtre Paul reviendra sur ces indications dans des termes qui lui sont propres, dans le chapitre 9 de la première lettre aux Corinthiens. Nous relevons le verset 14 qui est assez significatif : « De même, le Seigneur a prescrit à ceux qui annoncent l’Évangile de vivre de l’Évangile ». Comment vivre de l’Évangile concrètement sans que les bénéficiaires de l’Évangile ne délient la bourse au profit des annonciateurs ? Ce verset, à vrai dire, est une adresse à l’endroit des bénéficiaires des biens spirituels. Ils reçoivent ainsi l’ordre de prendre en charge les annonciateurs de l’Évangile.

c-    Les obligations morales des bénéficiaires de l’Évangile

Il est bon de relever ceci : qu’il s’agisse de Matthieu ou de Paul, les indications de Jésus sont qualifiées de prescriptions. Ce sont donc des ordres que le Maître de la moisson donne, quant à l’attitude à adopter dans l’annonce de l’Évangile. Qui dit ordre dit obéissance de la part, non seulement des Apôtres, mais aussi des bénéficiaires de leur message. A analyser de près, il apparaît que dans l’injonction même du Maître se trouve exprimée, en filigrane, l’utilité de l’argent au service de l’annonce de l’Évangile. C’est ce que laisse entendre la conclusion de ces prescriptions : « l’ouvrier mérite son salaire » (Mt. 10, 10). En outre, il est subtilement fait mention de l’origine de cet argent, à savoir les bénéficiaires de leur annonce.

d-    Les obligations des communautés riches

Par ailleurs, il apparaît dans l’apostolat de l’Apôtre des Nations, que des communautés plus nanties financièrement se sont préoccupées du sort des moins nanties, et ont organisé, à l’intention des derniers, des offrandes pour les soutenir. La plus belle illustration se trouve en 2Co.8-9 où Paul met un point d’honneur à exhorter les corinthiens à s’associer à la  générosité des Macédoniens en faveur des chrétiens de Jérusalem.

3- Le Magistère de l’Église

Les indications de Jésus aux Douze, prolongées par l’apostolat de Paul, ont été fidèlement transmises et assimilées par l’Église. Celle-ci, dans son Magistère authentique, poursuit l’enseignement du divin Maître sur les moyens de l’évangélisation et surtout sur son origine. Le Magistère de l’Église n’a cessé d’encourager les chrétiens, individuellement et communautairement, à donner de leurs richesses matérielles et financières pour l’annonce de l’Évangile.

a-    L’origine de l’argent de l’Église et l’obligation des chrétiens, selon Presbyterorum Ordinis

Dans le document conciliaire sur le Ministère et la Vie des prêtres nous lisons ceci : « …Faire le nécessaire pour assurer aux prêtres un niveau de vie suffisant et digne est, à proprement parler, une obligation pour les chrétiens, puisque c’est à leur service que les prêtres consacrent leur activité. Les évêques, eux, ont le devoir de rappeler aux chrétiens cette obligation… » (P.O.20).

b-    L’origine de l’argent de l’Église et l’obligation des fidèles selon le Droit canonique

Le Code de Droit canonique ne dit pas autre chose. Au contraire il y revient avec beaucoup de détails .Les canons 222 et 1259 à 1272 ; 1280 pourraient être revisités avec profit. L’on pourrait citer ici le canon 222§1 : « Les fidèles sont tenus par l’obligation de subvenir aux besoins de l’Église afin qu’elle dispose de ce qui est nécessaire au culte divin, aux œuvres d’apostolat et de charité et à l’honnête subsistance de ses ministres ».

Cette obligation des fidèles donne un droit inné à l’Église « d’exiger des fidèles ce qui est nécessaire à ses fins propres » (canon1260). Les choses se précisent dans le canon 1262 : « Les fidèles aideront l’Église en s’acquittant des contributions demandées selon les règles établies par la conférence des Évêques ».

Les canons suivants précisent un certain nombre de contributions dont les quêtes spéciales, au canon 1266 : « L’Ordinaire du lieu peut prescrire que, dans toutes les églises et oratoires, même appartenant à des instituts religieux qui sont de fait habituellement ouverts aux fidèles, une quête spéciale soit faite pour des projets paroissiaux, diocésains, nationaux ou universels déterminés, qu’il faudra envoyer soigneusement à la curie diocésaine ».

c-    L’origine de l’argent de l’Église et l’obligation des communautés riches, selon le Droit canonique

Le Magistère de l’Église a toujours été soucieux, à la suite des Saintes Écritures de ce que les communautés plus nanties viennent en aide aux plus pauvres. Car l’Église, plus qu’aucune autre société humaine, est consciente de la nécessité de la solidarité entre les hommes et entre les communautés. Comment peut-il en être autrement quand on sait que l’amour est au cœur de son message ? C’est donc en toute logique que le Code de droit canonique stipule : « Dans chaque diocèse sera constitué, autant que nécessaire, un fonds commun pour que les Évêques puissent s’acquitter de leurs obligations envers les autres personnes au service de l’Église et subvenir aux divers besoins du diocèse, et aussi afin que les diocèses plus riches puissent venir en aide aux plus pauvres » (Canon 1274§ 3).

d-    L’origine de l’argent de l’Église et la pratique en cours dans l’Église de Côte d’Ivoire

Dans l’Église de Côte d’Ivoire, d’une manière ordinaire, l’obligation des fidèles de contribuer à la vie de l’Eglise est satisfaite à travers l’organisation des quêtes, du denier du culte, des dîmes, des dons volontaires divers, des collectes variées pour les séminaires…etc.

Si la mission de l’Eglise a besoin de moyens financiers, et que les dispositions sur leur origine sont assez claires, à savoir, les fidèles, le peuple ou la communauté, le plus important  reste la gestion de ces biens pour leur permettre d’atteindre leur objectif qu’est le soutien à la mission.       

Chapitre 3 : LA GESTION DE L’ARGENT DE L’EGLISE

   

   Pour examiner, avec fruit, le chapitre de la gestion de l’argent de l’Eglise, il convient de passer en revue, successivement, les malversations possibles dans la gestion de ces biens, la nécessité d’une bonne gestion, les moyens d’une bonne gestion.

1-    Les malversations dans la gestion de l’argent de l’Eglise, de Judas et à nos jours

a-    Le cas de Judas

Il nous faut malheureusement le reconnaître ; depuis toujours,  dans la tradition biblique et ecclésiale, l’on constate des malversations dans la gestion des biens du peuple de Dieu. L’exemple de Judas est sous nos yeux, lui, disciple de Jésus, qu’on qualifierait, de nos jours, le DAF de Jésus, chargé de garder sa bourse, en quelque sorte sa banque. L’évangéliste Jean nous  fait, de lui, une critique acerbe : « Ce n’est pas tant qu’il se préoccupe des pauvres, mais comme il gardait la bourse, de temps en temps il prenait l’argent qu’on y mettait » (Jn.12, 6). Judas n’était donc pas qu’un mauvais gestionnaire qui ne savait pas son métier ; il était voleur, malhonnête, avide de gain. Voilà pourquoi il demanda de l’argent pour livrer son Maître (Mt.26, 14-16).

b-    Le cas d’Ananie et Saphire

Les émules de Juda, il y en a eu dans la communauté primitive. L’histoire d’Ananie et Saphire, dans les Actes des Apôtres, le montre bien. La communauté chrétienne avait conscience qu’on ne peut être disciple du Christ, et vivre juxtaposé sans aucun esprit de communion et de partage solidaire. Elle s’organise pour tout mettre en commun, en vue  du partage. Mais la tricherie demeure dans le cœur de certains qui préfèrent donner la moitié du prix de la vente plutôt que la totalité.

c-    Les nombreux cas dans la communauté chrétienne aujourd’hui

Les malversations dans la gestion se poursuivent dans les communautés chrétiennes, aujourd’hui, à tous les niveaux de responsabilité. Il est vrai, que parfois des embûches parsèment le chemin de la gestion des biens. C’est, aussi bien l’incapacité des collaborateurs des clercs que leurs propres réticences à s’ouvrir au contrôle d’un tiers.

d- Le danger de l’amour de l’argent et de l’affairisme 

Nous ne pouvons occulter, cependant, le fait que, pris dans le tourbillon des préoccupations de ce monde, bon nombre de clercs délaissent la vigne du Seigneur pour aller vendanger ailleurs. Ils délaissent la pastorale pour faire des affaires, pour faire du négoce à titre privé. Plutôt que de s’enrichir pour Dieu (Cf. Lc.12, 21) et l’Évangile, en investissant les biens communautaires pour le bien de l’Eglise, ils préfèrent s’adonner à leur plantation, élevage, magasin, école, ou tout autre investissement privé, au détriment des biens de l’Eglise.

e-    Le danger de l’amour de l’argent et la vie des Conseils évangéliques de pauvreté, chasteté et obéissance au service de la mission

« L’amour de l’argent est la racine de tous les maux », dixit Paulus (1Tm6, 10). L’Apôtre Paul, dans des recommandations précises à son disciple et fils Timothée, met en garde ce dernier sur les dérives qu’il peut y avoir dans la relation du missionnaire avec l’argent. S’il ne sait se contenter du nécessaire qui consiste dans le manger et le boire, et l’habillement simple, il s’expose à la course de l’argent qui a égaré bien des élus. Cette course à l’argent est dangereuse, et détruit, à la base, la vie de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. 

-    Le danger de l’amour de l’argent et la pauvreté volontaire

La pauvreté volontaire, dans la vie des clercs, n’est pas facultative. Elle fait partie de leurs engagements sacerdotaux. Le concile Vatican II le rappelle abondamment dans Presbyterorum ordinis 17.  Elle suppose une relation saine avec l’argent qui inclut un détachement et la simplicité.

Or, aimer l’argent, c’est s’y attacher et y attacher son cœur au point d’en être l’esclave. Par le fait même l’amour de l’argent s’oppose à la pauvreté. On ne peut se convaincre de vivre la pauvreté évangélique alors que l’on est toujours assoiffé d’argent, et qu’on n’en a jamais assez pour sa vie privée. 

-    Le danger de l’amour de l’argent et la chasteté

Comme la pauvreté évangélique, l’amour de l’argent met gravement en danger la chasteté de même que l’incontinence provoque l’amour de l’argent. En fait, un missionnaire trop porté vers le gain facile risque de compromettre gravement la vie de chasteté en se rendant esclave des bienfaiteurs ou bienfaitrices.

De même un missionnaire qui se met dans des situations graves d’incontinence, où la chasteté est battue en brèches, avec des conséquences graves, risque d’avoir toujours besoin d’argent pour répondre à ses responsabilités imprévues par son état de vie. Dès lors il s’engagera dans une course folle à l’argent, qui ne fera qu’entretenir sa recherche effrénée de gain. A vrai dire, la chasteté et l’amour de l’argent ne font pas bon ménage.

-    Le danger de l’amour de l’argent et l’obéissance

Il en est de même de l’amour de l’argent et de l’obéissance. Quand on aime l’argent et qu’on en devient esclave, on finit par n’obéir qu’à lui. A partir de ce moment, aucun commandement de l’Évangile, aucune loi ecclésiastique, aucune directive émanent de la hiérarchie n’a de sens.
Aucune entreprise communautaire ne nous engage. Seul compte ce qu’individuellement nous pouvons faire pour notre enrichissement personnel, pour accroître notre patrimoine privé. L’obéissance devient encombrante. C’est une évidence, l’amour de l’argent et l’obéissance, ne peuvent cohabiter pacifiquement.

-    Le danger de l’amour de l’argent et le déclin de la pastorale

L’amour de l’argent engendre le mépris et le déclin de la pastorale. Il est impossible de servir la pastorale et l’argent. Comment un clerc qui passe le clair de son à travailler au service de son enrichissement personnel et privé, peut-il se mettre corps et âme au service de la mission de l’Eglise, travailler à accroître le patrimoine commun de l’Eglise ?

Courir après l’enrichissement privé, c’est courir loin de la pastorale, c’est tuer la mission. Un clerc qui se livre à une telle course, ne peut avoir le temps de dispenser généreusement les sacrements, de former ses fidèles, en un mot d’être présent à sa communauté.

f-    Le détournement des biens communautaires

Il n’est pas rare de constater le détournement des biens communautaires au profit des réalisations privées. Comment qualifier le fait qu’un clerc, au service d’une paroisse, comme premier acte après sa prise de fonction, demande une parcelle de terrain, non pour la paroisse mais à titre privé, pour s’enrichir ? C’est tout simplement un détournement qui ne dit pas son nom. Ainsi la bourse des individus s’alourdit quand celle de toute l’Eglise pèse moins qu’une baudruche.

Dès lors nous sommes confrontés à un problème grave qui explique, en partie, le manque de finances pour la réalisation de notre mission. Il apparaît donc impérieux d’attirer notre  attention à tous, sans exception, sur la nécessité d’une bonne gestion.

2-    Nécessité et moyens d’une bonne gestion des biens de l’Eglise

a- Nécessité d’une bonne gestion des biens de l’Eglise

Une bonne gestion des biens s’impose à toute société humaine qui se respecte et veut réaliser ses projets sans faire faillite. Elle s’impose à plus forte raison, à l’Eglise, société humaine et divine dont la mission, dans le monde, inclut aussi une éducation de la société humaine. Elle doit donner, par l’exemple, l’éducation quant au respect du bien commun. C’est donc plus qu’un devoir pour elle d’aider les structures dont elle se dote, dans un but évangélique, à gérer avec la plus grande probité et compétence. Voilà pourquoi c’est avec raison qu’elle a proposé un certain nombre de moyens dans son enseignement officiel.

b-    Moyens d’une bonne gestion des biens de l’Eglise selon Vatican II : La pauvreté volontaire et l’esprit d’administration selon les lois ecclésiastiques

Le premier moyen d’une bonne gestion, c’est  l’attitude du missionnaire vis-à-vis des biens temporels. Le document conciliaire Presbyterorum ordinis est éloquent à ce propos. Parlant de la pauvreté volontaire et de l’attitude du prêtre à l’égard du monde et des biens terrestres, il dit en effet : « …Vivant dans le monde, ils doivent pourtant savoir que, selon la parole de notre Seigneur et Maître, il ne sont pas du monde. Usant donc de ce monde comme s’ils n’en usaient pas vraiment, ils arriveront à la liberté qui les délivrera de tous les soucis désordonnés et les rendra accueillants pour écouter Dieu qui leur parle à travers la vie quotidienne. Cette liberté et cet accueil font grandir le discernement spirituel qui fait trouver l’attitude juste à l’égard du monde et des réalités terrestres…Ils doivent ainsi en venir à utiliser leurs biens d’une manière juste qui correspond à la volonté de Dieu, et à rejeter tout ce qui fait obstacle à leur mission. Car les prêtres ont le Seigneur pour « part » et pour « héritage » (Cf. Nb.18, 20), si bien qu’ils ne doivent se servir des choses terrestres que pour les usages permis par la doctrine du Christ Seigneur et les préceptes de l’Eglise.

Quant aux biens ecclésiastiques proprement dits, les prêtres les administreront conformément à leur nature et selon les lois ecclésiastiques, autant que possible avec l’aide des laïcs compétents …Bref, une fonction d’Église ne doit pas devenir une activité lucrative ; les revenus qui en proviennent ne sauraient être utilisés pour augmenter le patrimoine personnel du prêtre. C’est pourquoi les prêtres, loin d’attacher leur cœur à la richesse, éviteront toute espèce de cupidité et rejetteront soigneusement tout ce qui aurait une apparence commerciale.

Ils sont mêmes invités à embrasser la pauvreté volontaire qui rendra plus évidente leur ressemblance avec le Christ et les fera plus disponibles au saint ministère. Que les prêtes et même les évêques se laissent donc conduire par l’Esprit qui a consacré le Sauveur par l’onction et l’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres ; qu’ils évitent tout ce qui pourrait d’une manière ou d’une autre, écarter les pauvres ; qu’ils rejettent plus encore que les autres disciples du Christ, toute apparence de vanité dans ce qui leur appartient. Qu’ils installent leur maison de manière qu’elle ne paraisse inaccessible à personne et que jamais personne, même les plus humbles , n’aient honte d’y venir » (PO 17).

Du passage du document conciliaire, il ressort que la pauvreté volontaire du clerc est l’attitude primordiale qui garantit la bonne gestion. Cette pauvreté volontaire est la clé d’une bonne gestion des biens de l’Eglise. Suffisamment rendu libre par cette pauvreté volontaire, le prêtre pourra mettre tous les moyens indiqués par l’Eglise, conformément aux lois ecclésiastiques, au service d’une meilleure gestion des biens de l’Eglise.

c- Moyens d’une bonne gestion selon le Droit canonique : les Conseils pour les Affaires Économiques

C’est ici que le Droit de l’Eglise revêt une importance capitale. Ses canons 492 – 494 ; 537 méritent d’être étudiés et assimilés. Ils parlent tour à tour des conseils diocésains et paroissiaux pour les affaires économiques. Ils se dégagent, de leur lecture, les remarques suivantes : le conseil pour les affaires économiques, diocésain ou paroissial, à la différence du conseil pastoral, n’est pas facultatif mais obligatoire ; il est présidé par l’évêque ou le curé selon les cas ; il contrôle la gestion de l’économe diocésain qui est tenu de lui présenter un budget et de lui rendre compte à la fin de chaque année.

d-    L’obligation des diocèses, des paroisses et de toutes les structures ecclésiales vis  à vis des Conseils pour les Affaires Économiques
 
Aujourd’hui, aucun diocèse, aucune paroisse, aucune structure catholique digne de ce nom ne doit se passer des conseils exigés par le Concile et le Code de droit canonique. Non seulement ces structures doivent instituer ces conseils, surtout celui des affaires économiques qui est obligatoire, mais encore  elles doivent éviter qu’ils ne soient des conseils fantoches qui n’existent que sur papier, et veiller à leur fonctionnement effectif et efficient.


e-    Les Conseils pour les Affaires Économiques, gage de transparence et d’autonomie

Ces conseils sont indispensables, c’est évident, pour une bonne gestion des biens de l’Eglise qui sont des biens communautaires et non des biens  privés personnels. Ils sont le gage de la gestion dans la transparence, qualité indispensable susceptible d’enclencher le processus de l’autonomie de nos Églises et de le conduire à bon port. Il est urgent de réaliser qu’il ne saurait y avoir d’autonomie financière de nos Églises sans transparence. C’est la transparence qui engendre et fortifie la confiance et la générosité des donateurs qui sont les laïcs, en général. C’est, à n’en point douter, la voie royale vers l’autonomie financière de nos Églises, autonomie inéluctable dans la marche d’une Église vers la maturité.

f-    Les Conseils pour les Affaires Économiques, l’esprit d’inventivité et l’autonomie

Et cette autonomie est possible, pourvu que certaines condition soient respectées dont l’esprit d’inventivité : « Ce qui, aujourd’hui, manque ce sont la réflexion et l’inventivité plutôt que les moyens, lesquels « ne manqueront pas à ceux qui réfléchiront pour les trouver. I faut donc s’astreindre à penser, pour inventer ses propres moyens et des moyens propres à l’Afrique. Un peuple ou une Église incapables d’inventer sont incapables de grandir et de s’accomplir » (Julien PENOUKOU, « Les enjeux du Synode africain », in Études 372/6(1990) p. 841 cité dans « Autonomie financière et gestion des biens dans les jeunes Églises d’Afrique » sous la direction de Silvia Recchi).

Ceci implique une self-reliance effective par solidarité avec le peuple, c'est-à-dire sa participation intégrale aux projets, aux décisions, aux prévisions et à la contribution, puisqu’il y aurait un manque de dignité dans une quête d’autonomie sur des moyens que les autres, de l’extérieur, se chargent de rassembler. Au contraire, chacun doit être disposé à payer un prix permettant de goûter et de défendre le don de la liberté, de la responsabilité et des réalisations accomplies.

Ceci comporte aussi la recherche d’un style de vie renouvelé et d’un modèle ecclésial qui ne perdent pas de vue l’option préférentielle pour les pauvres et les possibilités économiques locales » (« L’autonomie financière et gestion des biens dans les jeunes Églises d’Afrique », sous la direction de Silvia Recchi, p.53).

g-    L’incontournable mise en commun des biens et l’autonomie

Tout compte fait, toute recherche de l’autonomie est rendue plus aisée par une mise en commun des biens, non seulement sur le plan diocésain, mais surtout sur le plan national. Cette mise en commun, permettra d’avoir plus de moyens pour des investissements plus amples et plus rentables. Par ailleurs elle permettra de lutter contre les disparités entre les diocèses dues à des situations économiques différentes. Une réflexion approfondie dans la direction de l’autonomie nationale mérite d’être menée sérieusement. L’UFRACI pourrait être le cadre d’une telle réflexion.

Chapitre 4 : ORIENTATIONS PRATIQUES ET CULTURE DES VALEURS MORALES DANS LA GESTION DES STRUCTURES ECCLESIALES

1-    Les orientations pratiques pour l’acquisition des biens de l’Eglise
a-    Claire vision de ce que l’on veut : option pour l’autonomie et l’acquisition communautaire, diocésaine et nationale des biens.
b-    Organisation de la marche vers l’autonomie
-Hiérarchisation de la marche
-Réflexion ecclésiale pour une adhésion communautaire
-Responsabilisation selon les compétences
-Recherche de moyens sûrs : acquisition des biens
   
2-    Les orientations pratiques pour la gestion des biens de l’Eglise

a- Institution des Conseils Pour les Affaires Économiques et nomination des économes diocésains et nationaux

-Pour toutes les structures ecclésiales
-Confection des statuts et règlements intérieurs

b- Responsabilisation et suivi des Conseils

-Effectivité des réunions
-Transparence
-Contrôle

3- Culture des valeurs morales dans la gestion des biens de l’Eglise

-Probité
-Respect du bien commun
-Parcimonie
-Équité


Chers confrères, chers fils, chers frères et sœurs bien- aimés, nul ne peut ignorer, aujourd’hui comme de tout temps, l’importance des biens temporels au service des biens spirituels. L’Évangile a besoin de moyens matériels pour descendre jusque dans l’esprit de l’homme. L’Évangile a besoin d’argent, de beaucoup d’argent.

    La vie de Jésus, notre modèle, n’a pas enseigné le contraire. Les Apôtres, à sa suite, ont fait l’expérience de l’appui non négligeable et même indispensable des moyens matériels et financiers, au service de la mission dans sa triple dimension d’annonce, de célébration et de communion fraternelle. Les missionnaires des temps modernes depuis nos évangélisateurs jusqu’aux prêtres locaux, font l’évidente expérience de l’inéluctable argent, dans l’annonce de la Bonne Nouvelle.

    Malheureusement il se trouve que cet argent ou vient d’ailleurs, ou est introuvable. Il se pose alors à nos Églises de Côte d’Ivoire, le grave problème de l’autonomie qui tarde à venir et dont le retard pénalise nos œuvres pourtant nécessaires. Comment annoncer la foi, comment célébrer la foi, comment partager le pain quotidien sans argent, sans argent généré par nous mêmes ? L’autonomie financière est indispensable ; l’autonomie est possible.

    L’autonomie financière de nos Églises ne saurait faire l’économie d’une gestion faite dans la communion et la transparence. C’est la communauté qui génère les biens de l’Eglise. C’est donc la communauté qui doit les gérer, à travers ses délégués, dans le respect des normes ecclésiastiques suffisamment claires en la matière, tout en se rappelant que l’Eglise et ses pasteurs doivent user de ce monde comme s’ils n’en usaient pas vraiment dans la solidarité avec les pauvres et pour l’Évangile, ni plus ni moins.

    C’est à cette condition que les moyens seront de plus en plus disponibles pour une mission plus dynamique au service de l’Évangile pour un meilleur service du monde.


    Que le Dieu Providence, créateur de tous biens vous comble d’intelligence et de sagesse, pour discerner ce qui est conforme à sa volonté, dans la recherche et la gestion des biens pour la marche toujours victorieuse de son Église !


Vos Pères les Archevêques et Évêques
De Côte d’Ivoire.

 



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