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Textes et déclarations


Message des Evêques Catholiques de Côte d'Ivoire à la nation ivoirienne (Janvier 2015) à Abengourou

Ven 30 Jan 2015, 12:02

Les Evêques Catholiques de Côte d'Ivoire et les autorités de la ville d'Abengourou

Au cours de la messe solennelle de clôture de la 99ème Assemblée Plénière de la Conférence des Évêques Catholiques de Côte d'Ivoire, nos Pères Évêques, premiers pasteurs de l’Église Catholique en Côte d'Ivoire ont adressé un message aux fidèles laïcs et aux populations de notre pays. Comme le titre l'indique les Archevêques et Évêques de notre pays lancent un appel à la consolidation de la paix et de l'unité nationale.

Nous vous proposons ci-dessous l’intégralité de ce message.

 

Sauvons la cohésion sociale et la stabilité de notre pays

Chers fils et filles,
Chers concitoyens,

1. Du 19 au 25 janvier 2015, vos pères les Archevêques et Evêques Catholiques de Côte d’Ivoire ont tenu leur  Assemblée plénière dans la ville d’Abengourou. Ils souhaitent que le chemin que Dieu le Père nous trace en cette nouvelle année 2015 soit pour tous un chemin de paix, d’espérance et de joie.

2. En effet, après une décennie de grave crise qui a  tristement marqué l’histoire de la Côte d’Ivoire et mis à mal la cohésion sociale, nous voici parvenus à l’heure de la réconciliation et de la reconstruction de notre pays sur tous les plans. Aussi, des efforts s’imposent-ils à nous pour que notre pays renoue définitivement avec la stabilité, la paix et le progrès.

3. Malgré quelques avancées, il est urgent que nous continuions  à cultiver la réconciliation par la vérité, le pardon et la justice équitable. Cela pourrait améliorer la qualité de nos relations afin de donner la chance à notre pays d’exister comme une nation où il fait bon vivre, la patrie de la vraie fraternité, sans discrimination ni exclusion. Aussi devons-nous rester vigilants car chaque problème que nous pourrions négliger peut saper la cohésion sociale et la stabilité de notre pays.

4.Voilà pourquoi, conscients de notre mission au sein de l’Eglise qui partage «les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent» (GS 1), nous élevons la voix pour attirer l’attention de tous sur des phénomènes récurrents qui pourraient mettre à  mal la cohésion sociale, la stabilité de notre nation et l’harmonie de vie entre tous les habitants de ce pays.  Une fois encore, nous nous adressons à vous dans l’espoir que notre parole suscitera de votre part des gestes et attitudes de bonne volonté, réveillera votre conscience et vous aidera à prendre la pleine mesure de vos responsabilités devant Dieu et devant l’histoire.

5. Que constatons-nous aujourd’hui ?
Nous ne voudrions pas faire une  description détaillée de certains phénomènes récurrents dans notre société ivoirienne ni des ravages qu’ils engendrent mais tout simplement vous interpeler et en appeler à votre conscience et responsabilité.
En effet, aujourd’hui en Côte d’Ivoire, la course effrénée vers le gain facile et le pouvoir entraîne des dérives aux conséquences incalculables. Il n’est pas rare de se retrouver devant de tristes et horribles spectacles de corps mutilés ou  découpés, d’albinos massacrés, de tombes profanées,  de squelettes  exposés au mépris de la dignité de l’homme.

6. Nous ne saurions oublier le triste sort des  enfants kidnappés, enchaînés, emprisonnés et dans un état de malnutrition extrême, attendant d’être rituellement sacrifiés par des personnes en quête de richesse, de puissance  et de pouvoir. Ajoutons à ce sombre tableau le spectacle désolant du phénomène de certains jeunes véreux appelés « brouteurs » ou cybercriminels. Pour parvenir à leurs fins, ils se livrent à des pratiques odieuses, allant jusqu’à boire, selon certaines informations, du sang humain pour s'attirer richesse et pouvoir.

7. Le gain facile ou la richesse par tous les moyens entraîne également beaucoup de nos concitoyens à brader les terres familiales pour se retrouver eux-mêmes, sans terre. En définitive, ils passent leur temps à la consommation excessive d’alcool et de drogue qui finissent par faire d’eux des loques humaines inaptes au développement de la cité.
Nous n’ignorons pas le phénomène des grossesses précoces en milieu scolaire et les nombreux cas d’avortements qui s’en suivent.

8. Nous déplorons également l’avènement des « microbes », ces gamins délinquants munis d’armes blanches ou à feu qui agressent toute personne sur leur passage. Ils vont parfois jusqu’à ôter la vie, sans crainte ni tremblement. Tout en dénonçant ce fléau, nous supplions leurs commanditaires d’arrêter.

9. Par ailleurs, en cette année électorale, comment ne pas se rappeler avec amertume les violences dont tout le monde a souffert lors des élections passées. Ce souvenir douloureux suscite peur, angoisse et inquiétude à l’approche des élections à venir.

10. La société ivoirienne est donc malade au plan spirituel et moral. Les différentes situations que nous venons de dépeindre nécessitent une mobilisation à la dimension de la gravité du moment. Nous n’avons pas le droit de nous rendre complices de ce déclin moral et spirituel, par notre indifférence, ni de détourner le regard face aux souffrances de toutes ces nombreuses familles endeuillées par ces pratiques d’un autre âge. C’est pourquoi, nous  lançons un appel pressant à l’endroit de tous les habitants de ce pays, particulièrement aux gouvernants, aux leaders politiques, aux leaders religieux, aux familles, aux chefs coutumiers et à la jeunesse  afin que tous, nous puissions prendre nos responsabilités devant ces horreurs et la terreur qu’ils provoquent. Nous en appelons à la mobilisation de tous afin de lutter ensemble contre ces fléaux et préconiser les remèdes adéquats.

11. Il faut donc à notre pays un sursaut moral. 
- Aux gouvernants : nous vous encourageons à rendre plus visible votre lutte contre la corruption,  à poursuivre vos efforts en vue de la réconciliation, de la justice équitable et de la paix, à assurer la sécurité des personnes et des biens et, enfin, à créer des emplois pour les ivoiriens et particulièrement les jeunes.
- Aux hommes politiques : gardez-vous d’inciter à la violence et évitez les pratiques mystiques et sacrifices rituels à but électoraliste.
- aux leaders religieux : Engagez-vous à promouvoir une vie morale et spirituelle digne de la peronne humaine car  votre rôle dans l’œuvre du renouveau moral et spirituel de notre peuple est essentiel. Soyez des repères pour la société entière par votre témoignage de vie et vos prédications. 
- Aux familles : éduquez vos enfants en leur inculquant des valeurs morales et spirituelles capables de faire d’eux des responsables de demain.
- Aux chefs coutumiers : arrêtez de brader les terres que vous ont léguées vos ancêtres. En effet, la terre est avant tout le lieu où se déploie toute l’existence de l’homme. C’est de ce lieu qu’il tire sa subsistance. Cette terre lui donne sa raison d’être et le définit. Les textes bibliques nous invitent chaque jour à rendre plus beau le monde selon l’ordre du Seigneur  (Gn 1,28 : remplissez la terre et soumettez-la). En outre, la morale catholique enseigne que la propriété privée trouve « sa source principale et son aliment perpétuel dans la fécondité du travail » (Jean XXIII, Mater et magistra, 13).
- A la jeunesse : refusez le gain facile et mettez-vous au travail pour gagner dignement et honnêtement votre vie. A cet effet, l’Apôtre Paul a les mots justes quand il dit dans sa lettre aux Thessaloniciens: « Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus » (2 Th 3,10).

12.Chers fils et chères filles, ne désespérons pas de notre pays la Côte d’Ivoire, terre d’espérance. Confions-nous à la miséricorde de Dieu qui nous aime et qui attend de nous la conversion pour une Côte d’Ivoire renouvelée. 
Fait à Abengourou le 25 janvier 2015

                                 Vos Pères les Archevêques et Evêques
                                  de Côte d’Ivoire



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